Comment l’INCa prend les MG pour des cons

Je le sais, la question intéressante c’est : pourquoi l’institut national du cancer prend-il les médecins généralistes pour des cons ? Je ne sais pas y répondre mais si vous avez des idées les commentaires sont ouverts.

Je me contenterai donc de répondre à la première au travers d’un bref commentaire critique de l’opuscule dont l’INCa fait actuellement la promotion auprès des médecins généralistes ((bornés)) et que l’on peut retrouver ici et où on nous demande « Ce document doit être cité comme suit : © Cancers du sein /du diagnostic au suivi, INCa, novembre 2016. » C’est fait.

Il est également indiqué que cette plaquette est destinée à aider les ((cons de)) MG dans leur pratique en cancérologie. Et ce à partir de “bonnes” pratiques, etc. qu’il entre dans le cadre d’une collection “Outils pour la pratique” à destination des ((connards de)) médecins généralistes. Enfin on nous averti : Les informations figurant dans ce document peuvent être réutilisées dès lors que : (1) leur réutilisation entre dans le champ d’application de la loi N°78- 753 du 17 juillet 1978 ; (2) ces informations ne sont pas altérées et leur sens dénaturé ; (3) leur source et la date de leur dernière mise à jour sont mentionnées. (c’est moi qui souligne)

Je traduis : La parole sacrée de l’INCa ne peut être dénaturée sous peine de se faire déporter sur les rives du lac Titicaca. Ce qui figure dans ce minuscule opuscule est parole divine.

Dénaturons

Deux notions sont absentes de cet opuscule (si si cherchez bien vous verrez) : celles de surdiagnostic et de celle de surtraitement. Je ne ferai pas l’affront à mes lecteurs de penser qu’ils ignorent ces concepts qui sont au centre de la problématique du dépistage organisé du cancer du sein. De multiples articles, études, billets de blog etc. y ont été consacrés (plein de références ici). Mais en novembre 2016 l’Inca considère que les MG sont tellement cons, qu’ils ne sont tellement pas au courant de l’importance de ces questions qu’il suffit de ne pas en parler dans un fascicule de référence consacré au diagnostic et au suivi du cancer du sein pour que ces notions disparaissent. La politique de l’autruche comme principe de communication. Le droit divin.

Pourtant ils nous parlent bien de dépistage. Dès le début. Mais c’est uniquement pour indiquer qu’il s’agit d’un des deux facteurs ayant “permis une amélioration de la survie nette à 5 ans”. Et oui, l’INCa en est resté là ! C’est toujours la survie nette à 5 ans qui est LE critère pour évaluer le progrès. Et bien sûr elle s’est améliorée (ne demandez pas dans quelle proportion d’ailleurs ce n’est pas une donnée que l’on va donner aux ploucs). Grâce aux progrès thérapeutiques et au dépistage on est maintenant à 87% de survie nette à 5 ans. Avalez ça les idiots et digérez bien. Le Lead Time Bias ou biais d’avance au diagnostic ça n’existe pas. Alors même que l’étude (à laquelle participe l’INCa) citée dans l’opuscule en parle de manière précise : « par exemple, pour le cancer de la prostate, l’amélioration majeure de la survie nette standardisée, passée de 72 % à 5 ans pour les cas diagnostiqués en 1989-1993, à 94 % pour ceux diagnostiqués en 2005-2010, est principalement due à l’avance au diagnostic du fait du dépistage individuel par le dosage de l’antigène spécifique de la prostate (PSA) à partir des années 1990. Ce phénomène d’avance au diagnostic peut aussi expliquer en partie les améliorations de la survie pour toutes les autres localisations mentionnées précédemment (étude que l’on peut télécharger ici ).

Mais on ne va pas embêter ces zozos de MG avec des notions aussi complexes. Censurons, seul le progrès fait foi ! Pour rappel, le schéma qui explique ce biais et que je permet à l’INCa d’utiliser, mais sans le dénaturer SVP.

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Passons sur l’énumération des facteurs de risque (Âge, ATCD familiaux, ATCD de radiothérapie thoracique d’abord, surpoids et obésité, durée de l’exposition aux hormones – on ne nous précise pas lesquelles – tabagisme et consommation d’alcool ensuite). Elle me semble correcte. Notons l’incise sur la clope qui est mauvaise mauvaise pour le cancer du sein. Je n’ai pas les données pour vérifier les chiffres, je note juste que quand on me dit “un fumeur aura 80% plus de chances d’arrêter s’il reçoit l’aide d’un professionnel de santé” je préfèrerais des chiffres en valeur absolue, mais ne demandons pas la lune.

Enfin on nous explique sans sourciller que 90% des cancers du sein sont découverts grâce au dépistage (alors qu’ils sont asymptomatiques) et 10% parce qu’ils sont symptomatiques (en local ou en métastase). J’ai beau regarder l’ensemble des références bibliographiques fournies et faire des recherches : pas moyen de voir d’où sort ce chiffre.

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Ce dépistage dont on nous cause ne peut pas être le dépistage “organisé” (auquel seules 52% des femmes de 50 à 74 ans participent, voir ici). En effet le dépistage organisé ne permet de détecter “que” 15 000 cancers du sein par an (chiffres retrouvés dans une étude HAS page 72) sur un total de 54 000 nouveau cas par an, (chiffres du fascicule) soit 27%. Manque 63%.

img_2057L’Inca a beau nous préciser ici que 10% des femmes ciblées par le dépistage ont recours au dépistage individuel, on a encore du mal à comprendre ce que signifie ce chiffre de 90%. Ajoutons que si ce chiffre est vrai, alors il ne faut pas se faire dépister, puisque dans la population non dépistée (population plus grande que l’autre puisqu’aux 48% de femmes de 50 à 74 ans ne participant pas au dépistage s’ajoutent les femmes de moins 50 ans et de plus de 74 ans)  on ne trouve que 10% des cancers du sein.

Spéculation : je trouve dans ce document de l’Inca à destination des professionnels  la phrase suivante : Le dépistage par mammographie permet de détecter, avant tout symptôme, 90 % des cancers du sein”. Serait-ce que le stagiaire a mal compris et transformé la phrase en “90% des cancers du sein sont découverts grâce au dépistage ?”

Je dénature, je dénature…

Voilà, je rêve du jour où ce type d’instance diffusera des informations en place de la propagande. On est en début d’année. N’est-ce pas le moment d’exprimer des vœux ?
PS. J’ai déjà écrit sur le sujet, mais ils m’énervent..

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14 réflexions au sujet de « Comment l’INCa prend les MG pour des cons »

  1. Je plussois, je plussois.
    J’ai moi même expliqué un autre élément de manipulation : le rsique relatif en lieu et place du risqque absolu.

    Par ailleurs, tu écris que les MG sont des « connards ».
    Ne crois tu pas qu’il y ait de la « connerie » dans leur manière de prescrire?
    Prescrire de l’Uvéstérol alors qu’il existe d’autres spécialités, et finir par provoquer la mort d’un bébé malgré les alertes datant de plus de 10 ans, et les avis de la revue Prescrire.

    S’il n’y a pas de « conneries » il y a au moins un aveuglement coupable de ces même MG dans la promotion de la mammographie de dépistage qui je rappelle est un item du ROSP;

    Merci pour tes billets

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    • Je te suis à 100% sur la problématique de l’expression du risque, l’expression en valeur relative étant si enkystée dans nos cerveaux qu’on n’y prend plus garde et pourtant quel outil merveilleux pour tromper les gens !
      Par contre je ne traite pas les médecins de connards, je dis qu’on les prend pour des connards. Et comme tu le soulignes c’est parfois malheureusement justifié.

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  2. Oui, il a raison de s’énerver le MG. La radiologue elle s’énerve aussi, parce que ces données fallacieuses et ces façons mensongères de présenter les choses ont été dénoncées par les citoyennes lors de la concertation sur le dépistage, et le rapport final demande expressément à ce qu’on présente l’information aux femmes, et a fortiori aux médecins, de façon loyale et équilibrée. Pour l’instant les communicants de l’INCa s’assoient allègrement sur ces recommandations faites par les citoyennes. Et vas-y j’te continue à te berner avec des chiffres qui ne veulent rien dire. Eh ben on va faire comme le Dr Blanc, on prend son bâton de pèlerin et on continuera à faire de la pédagogie à longueur de blogs et de communiqués, on va bien finir par se faire entendre, même sans « outil pédagogique » sur papier glacé.
    Voir aussi le billet de Cossino http://hippocrate-et-pindare.fr/2017/01/01/resolution-2017-non-au-risque-relatif-oui-au-risque-absolu/
    Et pour comprendre comment on nous banane, c’est là : https://www.cancer-rose.fr/mensonges-et-tromperies/
    C’est vrai que c’est plus facile de déclamer des slogans faux mais compréhensibles en 5 secondes que de faire de la pédagogie intelligente. ça fait plus de 20 que ça marche, pourquoi l’INCa s’en passerait ?

    Sinon, visiter les rives du Titicaca en cette saison, c’est peut-être sympa ?

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    • Et s’il n’y avait que lNCa !
      La manipulation de l’information est d’une telle ampleur en médecine, elle est tellement omniprésente.
      Bravo pour ton combat avec Cancer Rose !

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  3. histoire de rajouter une couche…le mg pour l’inca est éventuellement un rabatteur poussant au son strident du sifflet de la peur les femmes vers le dépistage voire vers l’essai thérapeutique ou un exécuteur de basses oeuvres veillant à réaliser et surveiller « l’observance ». En cancérologie il serait temps de prendre le virage et de considérer le patient cancéreux et non pas son cancer. Ils n’ont toujours pas compris que le mg est un partenaire et non pas un sous fifre

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  4. Le KCE parle lui des surdiagnostics et surtraitements. Il propose même des fiches à discuter avec le patient.

    http://kce.fgov.be/sites/default/files/page_documents/KCE_Cancer_sein_40-49.pdf
    https://kce.fgov.be/fr/publication/report/d%C3%A9pistage-du-cancer-du-sein-messages-en-support-d%E2%80%99un-choix-inform%C3%A9#.WG-QM4WcEdU
    Mais pour un autre document, j’entendais mes confrères dire qu’ils n’utilisaient pas cela en consultation car cela faisait hésiter les patients!

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