C’est avec cela qu’il vous faut prendre une décision Madame, et ce n’est pas facile !

(Billet mis à jour en octobre 2016)

Tous les ans, au mois d’octobre, le dépistage organisé du cancer du sein par mammographie est promu de manière intensive, avec des arguments chocs ne laissant aucune place au doute, à la réflexion. La réalité est moins claire et complexe à comprendre. J’avais, il y a quelques mois, découvert la problématique du dépistage organisé et de ses risques et réalisé un schéma permettant de l’éclairer. Récemment, la revue Prescrire (février 2015) a publié un article sur l’effet indésirable insidieux du dépistage, apportant une synthèse des études et des chiffres disponibles à ce moment.

J’en ai profité pour réaliser une nouvelle infographie (avec l’aide des membres du Forum des lecteurs Prescrire) afin de disposer d’un support qui permette d’expliquer le sujet à quelqu’un qui n’est pas médecin. En effet, la seule personne qui puisse décider de participer ou non au dépistage organisé est la femme à laquelle ce dépistage est proposé. Et c’est le rôle du médecin de lui expliquer sereinement les tenants et les aboutissants lui permettant de comprendre les enjeux, de l’aider à clarifier ce qui est important pour elle.

Nos autorités sanitaires et universitaires, dans une ambivalence formidable vantent à la fois les vertus de la décision partagée et celles du dépistage organisé. Le médecin doit donner à sa patiente les meilleurs éléments d’évidence disponible afin de l’aider à prendre sa décision mais toutes les femmes de plus de 50 ans doivent passer au dépistage organisé sans discuter. C’est pour leur bien !

Au moment de présenter les éléments de décision à une femme invitée au dépistage organisé, le médecin ne devrait pas prendre parti mais s’assurer qu’elle en comprend les enjeux, la balance bénéfice – risques, avec le plus d’impartialité possible, ce qui est difficile. D’autant plus que les chiffres ne sont pas gravés dans le marbre. Afin d’aider cette compréhension, je vous livre ce schéma.

Infographie-Depistage-K-Sein-Fevrier-2015

Explications

Considérons 1000 femmes de 50 à 74 ans qui participent au programme de dépistage organisé du cancer du sein  en France. Elles vont passer une mammographie tous les deux ans. Chaque femme passera ainsi 11 mammographies ce qui donne au total, pour 1000 femmes, la réalisation de 11.000 mammographies.

Sur ces 11.000 mammographies, 10.000 seront normales. Mais on détectera une anomalie 1000 fois. Chez certaines femmes on ne détectera aucune anomalie tout au long de ce dépistage et chez d’autres on détectera une anomalie à deux ou plusieurs reprises.

800 anomalies dépistées (80%) ne nécessitent ni ponction ni biopsie. Une ponction ou une biopsie ne sera réalisée que pour 200 (20%) des cas d’anomalies dépistées, ce qui permettra de détecter 75 cancers.

Parmi ces 75 cancers, et sans que l’on sache aujourd’hui les distinguer des autres, 19 n’auraient jamais entraîné de maladie. Ils seraient restés stables, auraient disparu spontanément ou connu un développement très limité et non perceptible. C’est le sur-diagnostic. Comme ces cancers sont maintenant détectés ils vont être soignés (ce qui parfois entraînera une ablation du sein) pour rien. On parle alors de sur-traitement.

Malgré l’amélioration des traitements, sur ces 75 cancers détectés, 13 vont entraîner le décès de la patiente et ce malgré le dépistage.

La rémission (en cancérologie on ne parle pas de guérison mais de rémission) sera obtenue pour 37 de ces 75 cancers.

Imaginons maintenant 1000 femmes qui ne participent pas au dépistage organisé, ne subissent ni mammographie systématique, ni biopsie car elle vont bien et ne présentent aucun symptôme de cancer du sein, aucun risque génétique. Un certain nombre d’entre-elles auront un cancer du sein qui sera découvert alors qu’il fait déjà parler de lui.

Comme pour celles qui se font dépister, parmi ces 1000 femmes 13 mourront du cancer du sein. Certaines études trouvent qu’il en mourra 6 de plus que parmi les femmes dépistées, d’autres études qu’il n’en mourra aucune de plus.

Autrement dit, pour 1000 femmes qui participent au programme de dépistage organisé du cancer du sein de 50 à 74 ans en France, on estime que cela va en sauver entre 0 et 6.

Épilogue

C’est avec cela qu’il vous faudra prendre une décision Madame. Lisez d’autres articles, discutez avec votre entourage, votre médecin et réfléchissez à ce dans quoi vous vous engagez. Ne pas participer au dépistage est une option tout aussi pertinente que d’y participer. Cela dépend de vous, de ce que vous souhaitez, de ce que vous craignez. Encore faut-il que vous puissiez comprendre les enjeux. J’espère en cela vous avoir aidée un peu mais je sais que ce choix n’est pas facile.

 

NOTES

Cette infographie et ces chiffres ne s’appliquent pas aux femmes à facteurs de risque élevés (voir ici les recommandations de la HAS) ni aux femmes présentant cliniquement des modifications de leur seins.

Source : La Revue Prescrire, Dépistage des cancers du sein par mammographie, troisième partie. Diagnostics par excès : effet indésirable insidieux du dépistage. n°376, février 2015, p 111-118

Pour plus d’info et moins de propagande voir aussi
Site d’info créé par des médecins généralistes : Cancer Rose
Docdu16 : Désorganiser le dépistage organisé
Formindep : Un dépistage inadapté au génie évolutif de la maladie, condamné à l’inefficacité.

 

 

 

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Voilà ce que je peux te dire

Tout a commencé le jour où, tout fiérot, j’ai commencé à raconter à ma compagne (dont l’âge est dans la cible d’octobre rose) que la mammographie tous les deux ans c’était pas si évident et que ça posait des problèmes, qu’il y avait de l’intox et que probablement c’était mieux de ne pas faire le dépistage. Quand elle m’a répondu « avant il fallait dépister, maintenant il ne faut plus dépister, c’est comme avec les bébés, avant il fallait les coucher sur le ventre, maintenant il faut les coucher sur le dos et demain ce sera quoi ? » ça m’a un peu coupé la chique. D’autant qu’elle n’avait pas lu le billet de Sylvain Fevre vu que les blogs médicaux c’est pas franchement son truc (lisez le, pas seulement pour comprendre pourquoi ça m’a coupé la chique). Puis elle a ajouté que c’était évident que si on prenait les cancers au stade précoce on allait forcément les soigner mieux que si on attendait plus tard. Re chique coupée… je… a… à court d’arguments. Elle a été assez gentille et elle a changé de sujet parce que comme je suis entrain d’apprendre tout ça je vois bien qu’elle ne veut pas non plus me décourager.

Du coup j’ai regardé les choses de plus près, cherché et lu des articles, des blogs, dévoré le livre de Rachel Campergue Octobre Rose Mots à maux (qu’il faut absolument lire pour sa déconstruction de la désinformation) pour enfin trouver une brochure très claire qui résume la problématique. J’ai voulu lui passer, mais c’est délicat en même temps, j’ai pas envie de la ramener tout le temps avec « ma médecine », comme un gamin avec son jouet tout neuf à lui faire lire des articles épatants qui tordent le coup aux idées reçues. Déjà que je lui ait déjà fait lire la bd sur le gluten du pharmachien.. Et puis au fond c’est pas à moi de décider pour elle. Alors pour simplifier je me suis dit que j’allais lui faire un dessin à partir de l’étude Cochrane DK – les gens qui ont fait cette brochure – et puis, quand il a été fini, que pourquoi pas en faire profiter tout le monde. Alors je l’ai mis sur twitter et on m’a RT et fait des commentaires.

Maintenant j’ai une v2 un peu mieux et je peux lui montrer.

Tiens regarde ça :

 

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Commentaires : les faux positifs ça veut dire que le résultat de la mammographie est douteux, qu’on programme d’autres examens (ponctions, biopsies) et que finalement on ne trouve pas de cancer.
Soins inutiles : cela peut aller de retirer une partie du sein à retirer tout le sein, en passant par de la chimiothérapie et/ou de la radiothérapie, pour rien. Le problème étant qu’on ne sait pas distinguer au départ les cancers qui « méritent » d’être soignés et les autres.
Lis quand même la brochure. On en parle quand tu veux.

Je t’embrasse

 

PS : voir également une infographie plus récente (avril 2015)