Pourquoi croit-on que le coca c’est bon contre la déshydratation ?

Parmi les fausses idées incroyablement répandues (comme “il faut boire 1,5 l d’eau chaque jour pour être en bonne santé”) il y a celle du coca-cola dé-gazéifié pour “soigner” la diarrhée et/ou la gastro. Ma dernière en date : “comme je vomissais ma copine m’a dit de boire du coca sans bulle”. Alors pour sûr, avaler un grand verre de coca (ou de n’importe quelle autre boisson) après avoir vomi ne peut avoir qu’un seul effet : déclencher un nouveau vomissement. OK là je prend un exemple extrême. Mais ce n’est pas mieux pour la diarrhée : en aucun cas le coca ne guérit la diarrhée (qui dans la majorité des cas guérit toute seule d’ailleurs) et n’est pas, et de loin, la boisson la plus efficace pour lutter contre la déshydratation induite par la diarrhée : les solutés de réhydratation orale prônés par l’OMS contiennent 2,6 g de sel par litre. Le Coca-cola en contient 0,12 soit 20 fois moins. On peut donc même affirmer qu’il est dangereux de se réhydrater avec du Coca.

Le Quotidien du Médecin, bien connu pour sa rigueur et son indépendance, constate avec justesse qu’aucune étude n’a jamais démontré l’intérêt du Coca dans le “traitement de la turista”. Cela est facile à observer en faisant des recherches sur pubmed : ce type d’étude n’existe pas, même financée par Coca-cola. Autrement dit à aucun moment il n’a été démontré que boire du coca-cola était une bonne solution en cas de diarrhée (c’en est même une mauvaise, j’insiste) et pourtant un nombre incroyable de gens pense que c’est vrai. Finement le Quotidien du Médecin, sous la plume du Dr Paul-Henri Consigny, conclue : “Cela dit, il faut être pragmatique : en pratique, le coca est la boisson stérile la plus répandue dans le monde, c’est son meilleur argument. En l’absence de SRO ou d’eau non contaminée, mieux vaut boire du cola que de mourir de déshydratation ! » Boire du Coca ou mourir le choix semble facile.

C’est amusant quand même ce genre d’affirmation : le coca-cola est la boisson stérile la plus répandue dans le monde. Quelle ânerie ! D’abord parce que ce n’est pas vrai, et de loin, ensuite parce que ce qui prime dans la réhydratation ce n’est pas la stérilité du breuvage (même si c’est important) mais sa composition en sels minéraux, et pour ça coca c’est absolument nul (d’ailleurs personne chez Coca-cola ne propose le coca comme traitement de la déshydratation). Trop compliqué pour le Quotidien du médecin semble-t-il.

Ce cher confrère bien informé reprend un argument maintes fois utilisé comme justification, le fameux meilleur argument : on trouve du coca (stérile) partout.

Cet argument d’ubiquité est intéressant à deux titres :

1/ Personne ne le met en doute. C’est l’argument massue qui revient toujours comme une évidence, une démonstration, indiscutable comme l’est la puissance de la compagnie Coca-Cola. Indiscutable comme l’est la puissance du capitalisme occidental capable d’apporter au plus profond des régions reculées des boissons stériles salvatrices sans même le faire exprès. Cet argument qui conforte l’occidental.e dans sa supériorité ne peut que provoquer une résonance immense. On s’en réjouit, on s’en délecte. Pensez-donc, « ils » n’ont même pas de boissons stériles à donner à leurs enfants qui chient de l’eau et « nous », avec un truc aussi simple, basique et courant que le coca-cola, adieu la turista !

2/ Il fait le lien avec ce que je crois être l’origine de cette conception absurde, ou plutôt avec celui qui, bien à son insu, est peut-être à l’origine de cette idée. Il s’agit de Simon Berry.

Simon Berry est un homme admirable qui a décidé de lutter contre la mortalité infantile par déshydratation sur diarrhée aiguë dans les pays en voie de développement. Pas à soigner la turista.

Tout commence en 1988. A cette époque Simon Berry travaille pour le British Aid Programme en Zambie. Il est effaré par le niveau de mortalité infantile et notamment par la quantité de décès par déshydratation aiguë qui pourraient être évités par la simple absorption de Soluté de Réhydratation Orale. Mais de soluté il n’y a point. Alors que du Coca il y en a partout ! Cet écart fantastique entre la non disponibilité d’un produit vital et l’ubiquité du Coca le fait tilter.

Et l’idée qu’il va avoir ce n’est pas de faire boire du Coca pour sauver les enfants (cette idée est complètement idiote au cas où vous n’auriez pas suivi) mais de chercher à utiliser la formidable puissance de distribution du Coca pour mettre à disposition, au plus près des besoins locaux, les Solutés de Réhydratation Orale.

Ce n’est que 20 ans plus tard, en 2008 qu’il arrive à interpeller Coca-Cola et à se faire entendre, utilisant avec habiletés les ressorts des nouveaux réseaux sociaux, son idée va devenir virale.

Et si Coca Cola utilisait ses canaux de distribution (qui sont incroyables dans les pays en développement) pour distribuer des sels de réhydratation ? Par exemple en transformant un casier sur 10 en casier “sauveur de vie” ?

Il fondera une ONG, Colalife pour développer cette idée et je vous invite à lire son incroyable histoire. Elle débouche sur la mise au point du Kit Yamoyo (SRO + Zinc + savon + instructions) et la mise en place d’une chaîne de valeur (un terme barbare de logistique  : travailler toute la chaîne de la production à l’acquisition par l’utilisateur de manière à la rendre optimale) inspirée des méthodes de distribution de Coca Cola et d’autres. Elle a fait l’objet d’innombrables articles. La communication a été un des nerfs de la guerre que mène Simon Berry encore aujourd’hui pour distribuer des Sels de réhydratation auprès de ceux qui en ont besoin.

Je ne ferai pas à mes lecteurs l’affront de penser qu’ils ou elles ne savaient pas que le Coca n’est pas une solution de réhydratation. De nombreux articles l’ont déjà expliqué (un exemple). Je leur recommanderai par contre de continuer à ne pas lire le Quotidien du Médecin.

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Acqua ma non troppo

« Il faut que je vous dise docteur, je ne bois pas assez d’eau, ce doit être pour ça que j’ai {insérer ici toutes sortes de symptômes imaginables}. »

Le médecin généraliste qui n’entend pas cet aveu au moins une fois par semaine doit consulter d’urgence un ORL : il est sourd. Ou retraité.

H.Y.D.R.A.T.E.Z V.O.U.S !

Ce message répété par tant de monde, corps médical compris, a fini par s’imposer au point de culpabiliser une proportion considérable de gens qui, c’est physiologique, répugnent à boire alors qu’ils n’ont pas soif – je n’ai pas de chiffres mais dans 100% des cas où je dis à quelqu’un qu’il suffit de boire selon sa soif, il.elle pense exactement le contraire. Mais que s’est-il passé entre l’époque du capitaine Haddock pour lequel boit-sans-soif était une insulte et le slogan d’aujourd’hui : « pour être en bonne santé il faut boire 1,5 litres d’eau – ou 8 verres d’eau – par jour ». (On peut admirer ici la démonstration du Professeur Marc Fantino, médecin nutritionniste et enseignant de physiologie à la faculté de médecine de Lyon, accessoirement président de Creabio, société à la mission limpide : « From medical sciences to high value health products »).

Pour la faire courte, cette allégation incrustée en lettres d’or au sein de cerveaux ne repose sur aucune base scientifique mais l’eau minérale est devenue un marché considérable qu’il faut animer et faire croître. Et tous les moyens sont bons.

Version longue

En 2002, Heinz Valtin s’est posé la question de savoir d’où venait la recommandation généralisée aux États-Unis de boire 8 verres d’eau par jour et sur quelles bases scientifiques elle reposait. La plus ancienne référence qu’il ait pu découvrir est une citation du Food and Nutrition Board of the National Research Council datant de 1945 mais dont l’origine et les bases sont inconnues : « Une allocation d’eau adaptée pour les adultes est de 2,5 litres dans la plupart des cas. Un standard courant pour des personnes différentes est de 1 millilitre pour chaque calorie de nourriture. L’essentiel de cette quantité est contenue dans les aliments. »

La notion réapparaît en 1974 dans un livre cosigné par Fredrick J. Stare, nutritionniste réputé, spécialiste de la soif :

« Combien d’eau par jour ? Cela est normalement bien régulé par différents mécanismes physiologiques mais pour un adulte moyen, quelque part entre 6 et 8 verres par 24h. Cela peut-être trouvé sous la forme de café, thé, lait, sodas, bière, etc. Les fruits et les végétaux sont aussi de bonnes sources d’eau. »

Heinz Valtin pense qu’il s’agit probablement de l’origine de la formule. Pourtant celle qui est retenue par la postérité aux États-Unis, « il faut boire 8 verres d’eau par jour » est bien différente. Mais elle accroche et, en 2002, quand il écrit son article, elle est quasi universelle.

Malgré des recherches considérables, il n’a retrouvé aucune base scientifique à cette recommandation et nous confirme, comme de multiples autres sources que – sauf exceptions à voir en Annexe – il suffit de boire à sa soif pour être correctement hydraté. Perruche en Automne, néphrologue (la spécialité médicale qui connait le mieux les questions liées au passage de l’eau dans l’organisme et à la filtration du sang par les reins) nous l’avait naguère expliqué et concluait : « Il n’existe aucune preuve qu’augmenter son apport hydrique pour forcer sa diurèse présente un bénéfice pour la santé. Suivre sa soif est le meilleur indice d’un déficit hydrique, l’intérêt de prévenir ce dernier ne repose sur aucune preuve ». De nombreux articles scientifiques le confirment et la démonstration de Perruche en Automne est à la fois limpide et très accessible sur ce plan.

Pourtant cette fausse idée continue d’être largement véhiculée. Chaque fois qu’en consultation je répond à la culpabilité du « je ne bois pas assez » par un « vous avez bien raison c’est une connerie de trop boire il suffit de boire à sa soif » j’ai le droit à un regard incrédule et je vois la confiance dans ma parole baisser d’un cran. Pourquoi donc un message de santé aussi faux est-il si répandu et considéré comme vrai ?

L’eau est nécessaire à la vie, elle en est quasiment constitutive. La somme de moyens mis en œuvre pour savoir s’il y avait de l’eau sur mars a été considérable. Pourquoi ? Parce que s’il y a de l’eau alors il y a peut-être de la vie. Mais sans eau, pas de vie. Cette nécessité tout le monde l’a ressentie profondément un jour ou l’autre en buvant goulûment de l’eau lors d’une grande soif. C’est une expérience universelle que de ressentir le bienfait, la nécessité de boire. Alors appuyer un peu là-dessus ça va dans le sens du poil. De l’eau est un bienfait, l’eau est vitale, l’eau c’est la vie à il suffit d’en boire 1,5 litre par jour pour être en pleine forme il n’y a qu’un pas. Et les industriels ont mis le paquet pour le franchir allègrement.

Voici comment

En Europe, quand un industriel souhaite alléguer pour un produit un bénéfice pour la santé, il doit faire valider son « allégation de santé » ou « Health Claim » par l’EFSA ou European Food Safety Autority. Celle-ci confie la question à un panel qui émet une opinion scientifique documentée. Cette documentation devient LA référence.

Enfin un règlement de la commission européenne liste toutes les allégation autorisées en s’appuyant sur les avis de l’EFSA.

L’EFSA reçoit des demandes de validation d’allégations qui pourraient paraître cocasses comme celle de Ferrero « Kinder, le chocolat qui aide à grandir » (refusée).

Mais quoi qu’il en soit les industries agro alimentaires doivent se reposer sur ses avis pour afficher leurs allégations. On ne peut plus dire « l’eau fait perdre du poids » (on se rappelle du Partenaire Minceur ou du célèbre Buvez éliminez). Mais comme l’indique le règlement cité plus haut page 12, on a le droit de dire : L’eau contribue au maintien d’une fonction physique et d’une fonction cognitive normales si l’on précise bien que l’effet bénéfique est obtenu par la consommation d’au moins deux litres d’eau par jour, toutes sources confondues. (Journal de l’EFSA 2011;9(4):2075).

Cela permet ensuite à des industriels comme Evian de pondre ce paragraphe n°9 du Top15 raisons de boire de l’eau :

9) Parce qu’elle aide au bon fonctionnement de vos neurones !

Notre cerveau est composé à 83 % d’eau… Il n’est donc pas étonnant que la déshydratation puisse avoir un impact sur les fonctions cognitives et sur l’humeur. L’eau dans le sang assure le bon transport des minéraux, des vitamines et de tous les autres nutriments essentiels au fonctionnement de chacune de nos cellules. Les experts européens de santé publique ont d’ailleurs validé qu’une bonne hydratation (2L d’eau par jour toutes sources confondues) permet le maintien des capacités cognitives et mentales optimales !

On note que ce sont les « experts européens de santé publique » qui ont validé la chose (effectivement cela vient de l’EFSA) mais on ne précise pas que c’est à l’origine une demande des industriels de l’eau et encore moins les conflits d’intérêts majeurs desdits experts européens (voir annexe)

Le système tourne en boucle parfaite : l’industriel émet une demande de validation d’allégation santé qui lui paraît intéressante sur le plan marketing. Il la soumet à l’EFSA qui nomme un panel d’experts dont la plupart ont des liens avec l’industrie agro-alimentaire. Ce panel rend un avis favorable, cet avis est publié dans le journal officiel (règlement) de l’Union Européenne et l’industriel peut clamer que le bénéfice de son produit est validé par des experts de santé publique. Cqfd.

Mais il faut bouger plus de volume, faire encore plus de profits.

Alors les industriels de l’eau minérale été encore plus loin. Ils ont eu l’idée brillante de demander à l’EFSA de déterminer les « Dietary reference values for water ». Ce travail, confié à un panel de chercheurs tous peu ou proux liés à l’industrie agro alimentaire (voir annexe) a ainsi produit une opinion scientifique sur le sujet qui constitue, en Europe, la référence absolue sur les besoin d’eau quotidiens. C’est désormais cette référence qui fait foi, reprise par toute organisation ayant intérêt à ce que les gens consomment le plus possible d’eau minérale. Son titre :

Scientific Opinion on Dietary Reference Values for water

Partons par exemple de l’exploitation qu’en fait Evian dans sa page sur les besoins d’eau

Cette présentation sous des allures très scientifiques est triplement fausse ou trompeuse.

  1. La part retenue pour l’apport d’eau par l’alimentation est de 20%. C’est faux car cette part n’est pas fixe et dépend de ce qu’on boit et de ce qu’on mange. L’EFSA évoque une fourchette (de 20 à 30%) dont Evian ne retient que le chiffre le plus faible ce qui majore d’autant les chiffres affichés des besoins quotidien en eau.
  2. L’EFSA ne fait pas une « recommandation » mais définit des « apports adéquats » (adequate intakes). La nuance peut sembler subtile mais elle est d’importance et systématiquement oubliée chaque fois que cet article de l’EFSA est pris comme référence (toujours donc). Pour expliquer la différence, je cite Manz et Wentz : « L’allocation diététique recommandée pour un nutriment est l’apport avec lequel le risque d’insuffisance est très faible (2 ou 3 %). Il correspond au niveau moyen d’apport quotidien qui est suffisant pour satisfaire le besoin en nutriment de presque toutes (97 à 98%) les personnes en bonne santé pour un groupe d’âge et un sexe donné. Si des preuves scientifiques suffisantes pour définir une allocation diététique recommandée d’un nutriment ne sont pas disponibles, on fournit alors un apport adéquat. L’apport adéquat est basé sur des estimations d’apports de nutriment observées ou déterminées expérimentalement dans un groupe de personnes en bonne santé. » Les preuves scientifiques suffisantes n’étant effectivement pas disponibles, l’EFSA ne fournit donc pas de recommandation. Mais Evian si.
  3. Enfin il n’est juste pas possible, et c’est bien le fond des choses, de déterminer une valeur fixe d’apports adéquats d’eau pour un groupe d’âge et de sexe déterminé car les besoins d’eau sont complètement variables. A sexe et âge identique, si je suis grand, gros, petit, maigre, physiquement actif ou sédentaire, musclé ou gras, dans l’air sec ou dans l’air humide, qu’il fait froid ou chaud, si j’ai la diarrhée ou de la fièvre, etc. je ne perd pas la même quantité d’eau et donc je n’ai pas besoin d’absorber la même quantité d’eau (l’EFSA le précise bien d’ailleurs mais pas ceux qui reprennent son étude).

Heureusement la soif d’un côté et le rein de l’autre permettent une adaptation parfaite de notre hydratation en fonction de ces variations et de nos comportements. Si par exemple je bois au-delà de ma soif et que j’augmente mes apports au dessus de mes besoins, je pisse plus car le rein laisse filer l’eau en trop dans les urines qui deviennent claires car diluées. Si je pratique une activité physique intense et que je perd de l’eau sous forme de sueur et d’effort musculaire, la soif me pousse à boire pour compenser et si je ne bois pas assez ou pas assez vite, le rein concentre l’urine à fond pour garder l’eau. L’écart physiologique (c’est-à-dire la zone de fonctionnement normale) entre ces deux extrêmes (urines très diluées et urines très concentrées) est grand. Il n’y a pas de normalité mais des limites, larges, au-delà desquelles les mécanismes d’adaptation physiologiques du rein sont dépassés. À  ce moment survient le risque de déshydratation ou d’hyperhydratation.

Manz et Wentz, pourtant largement cités par le rapport de l’EFSA résument très bien la situation : 1/ il n’existe pas de méthode de laboratoire acceptée universellement pour définir l’état d’hydratation d’un individu. 2/ les besoins en eau dépendent de plusieurs facteurs (par exemple le climat, l’activité physique, la charge rénale en soluté). Il est par conséquent impossible de définir des valeurs générales pour les besoins en eau.

Le lecteur attentif aura donc compris la difficulté à laquelle le panel de l’EFSA s’est retrouvé confronté : comment définir des apports hydriques adėquats alors qu’on ne peut pas ?

La réponse tient dans cette phrase de leur rapport :

« Le besoin en eau varie selon les individus et en fonction des conditions environnementales ((c’est ce que je viens de vous expliquer)). Par conséquent nous avons seulement défini des apports adéquats pour des groupes d’âge spécifiques ((pas des recommandations)) à partir d’une combinaison des apports observés dans des groupes de population avec des valeurs souhaitables d’osmolalité urinaire et des volumes d’eau souhaitables par unité d’énergie consommée. »

Tout est dans le mot souhaitable.

L’osmolalité urinaire(le niveau de concentration des urines) varie physiologiquement selon qu’il faut garder ou éliminer de l’eau. Il n’y a pas d’osmolalité normale mais une fourchette assez large avec qui plus est de fortes disparités notamment culturelles, les allemands pissant en moyenne plus concentré (860 mosm/kg) et les polonais plus dilué (392 mosm/kg) du fait d’habitude de consommation de liquides différentes. Et ils vont tous bien merci. On ne peut ainsi définir l’euhydratation ou hydratation normale que par le niveau d’osmolalité urinaire mais en l’encadrant dans une fourchette (schéma ci-après).

Comme on le voit, les situations à risque d’hyperhydratation ou de déshydratation précèdent les situations problématiques de troubles de l’hydratation avérées que l’on rencontre dès lors que les capacités de dilution ou de concentration du rein sont dépassées. Mais comme il fallait définir quelque chose, l’EFSA a dėclaré que « pour des raisons de sécurité ((le grand mot est lâché)) il apparaît prudent de ne pas baser le calcul sur la capacité maximale de concentration du rein ((qui est dans les 1600 mosm/l)) mais d’adopter la procédure proposée par Manz and Wentz et de cibler les recommandations d’absorption d’eau sur une osmolalité urinaire d’environ 500 mosml/l pour apporter une marge de sécurité de réserve d’eau libre ».

C’est ça l’osmolalité souhaitable. Un point arbitraire sur une courbe. et à l’arrivée une valeur d’eau à boire arbitraire.

Mais cela a permis d’établir des valeurs fixes qui par le truchement de la communication sont devenues des recommandations. Le tour est joué. Comme pour l’allégation sur les fonction cognitives, il n’y a plus qu’à communiquer à outrance en se référant à une autorité scientifique européenne dénuée de tout soupçons. Cqfd.

Si après avoir lu ce billet et les références vous continuez de penser que votre soif ne suffit pas à vous garantir une bonne hydratation, le site Hydratation for Health (dont la base line «We believe that drinking water is the healthiest way to hydrate» est à pisser de rire) vous propose de regarder la couleur de vos urines pour savoir si vous êtes bien hydraté.e.

Vous êtes sauvé.e.

ANNEXES

Quand faut-il boire plus que la soif ?

Les maladies qui touchent l’appareil urinaire nécessitent des adaptations. L’insuffisance rénale implique un contrôle strict des apports, la récidive de calculs rénaux est diminuée par des apports d’eaux augmentés, les symptômes d’infections urinaires semblent diminuer avec l’augmentation des apports d’eau.

Il y a ensuite toutes les situations où la personne n’est pas ou plus suffisamment autonome, du nourrisson fiévreux ou diarrhéique auquel il faut penser à proposer à boire (sa soif fera le reste) au vieillard atteint de démence plus ou moins grave qu’il faut pousser à boire.

C’est à peu près tout

Les liens d’intérêt des panelistes de l’EFSA

Les infos ci-après concernant les liens d’intérêts des panélistes ayant émis l’opinion scientifique sur les besoins en eau et celle sur l’eau et les facultés cognitives proviennent des articles suivants :

EU commission: OK for food lobbyist to run food regulator

Conflicts of interest still evident on new ESFA expert panels

Le gendarme des aliments trop laxiste

Carlo Agostini was paid by food companies Nestle, Danone, Heinz, Hipp, Humana and Mead Johnson to speak at conferences .

Susan Fairweather-Tait poursuit son travail pour l’ilsi

Albert Flynn est président en 2010 du groupe scientifique NDA (Nutrition, produits diététiques et allergies) à l’Efsa. Il a travaillé pour Kraft foods

Ambroise Martin poursuit son travail pour l’ilsi

Jean Louis Bresson est président de la mission scientifique de Syndyfrais le syndicat des industries laitières

Inge Teten poursuit son travail pour l’ilsi, recherches payées par l’industrie agro-alimentaire.

Hans Verhagen poursuit son travail pour l’ilsi