Le Shadow DGS, c’est quoi ?

Cela a commencé par une boutade : comme les politiques sanitaires de déconfinement allaient à coup sûr laisser les soignants de terrains de côté alors qu’il m’était évident que nous devions être au centre, j’ai lancé à la cantonnade de Twitter si ça intéresserait des gens de réfléchir sur la question suivante :

Quel doit être le rôle des soignants de premier recours dans la phase post confinement ?

Nous partagions cette vision du contexte :

  • L’immunité de groupe se développe par l’augmentation du nombre de personnes guéries et par la vaccination. Deux facteurs qui vont mettre du temps à porter des fruits s’ils en portent jamais.
  • Il va donc falloir vivre semi confiné pendant plusieurs mois ou années, probablement 2 ans au moins, avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, tout en comptant les morts.
  • L’existence ou non de moyens thérapeutiques efficaces changera la donne radicalement.
  • Il y a encore énormément d’inconnues sur le plan virologique, clinique, épidémiologique mais les connaissances progressent très vite.

Quelques consoeurs et confrères ont embrayé, l’un d’entre-nous a lancé le titre de Shadow DGS, nous avons élaboré un plan de travail, lancé quelques actions. Rapidement est apparu un objectif essentiel : il nous faut gagner du temps sur l’épidémie, le temps que les connaissances progressent.

Au moment où dans le cadre de Contact Covid le rôle des médecins généraliste dans le déconfinement a, contre toute attente, été mis au centre du dispositif de traçage des cas de covid 19 par nos autorités, il me semble utile de clarifier l’approche du Shadow DGS.

Notre travail se découpe en trois grands chapitres

  1. Contribuer au développement des connaissances
  2. Freiner la progression de l’épidémie pour gagner du temps
  3. Limiter l’impact

Contribuer au développement des connaissances

L’envie est venue de créer par nous-même un système de recueil épidémiologique afin de détecter les lieux de contamination. Cela est hors de portée. Mais il existe de nombreuses plateformes nationales et régionales pour le suivi des patients covid + de nature diversement intéressante. Nous en avons fait la liste et tenté d’en évaluer l’intérêt. La voici.

On distingue actuellement 4 types de plateforme

  1. Le système de traçage pur : Contact Covid de l’assurance maladie qui est là pour assurer le traçage un point c’est tout. Revel nous le précise bien dans son mail :   » Vous aurez évidemment la responsabilité, comme c’est déjà le cas, de prendre en charge vos patients atteints du COVID-19, de leur faire réaliser un test et d’assurer leur suivi tout au long de leur maladie. « 
  2. Les plateformes d’aide au suivi en ville des patients covid + comme Covidom en RP ou Raphaël à Bordeaux. Certaines associent un axe de recherche en MG, ce sont les plus intéressantes. Il est à regretter qu’elles ne soient pas uniformisées.
  3. un cas à part en région parisienne : Covisan qui sur appel des médecins envoie une équipe à domicile (avec accord du patient) pour pratiquer les tests, mettre en place le confinement en fonction de la situation rencontrée, tracer la chaîne de contamination. Le truc parfait quoi qui devrait être développé à la place de Contact Covid mais bon.
  4. Enfin les plateformes d’acquisition de connaissance dont les deux plus intéressante dans le principe sont :
    1. COVIGIE Dont le but est de faciliter l’information et la prise de décision des pouvoirs publics pour une meilleure gestion de la crise dans son volet soins extrahospitaliers, pendant la phase de confinement et celle du déconfinement. Données analysées : remontée d’informations via des réseaux de Médecins généralistes (groupe Whatspp, groupe de discussion locaux). Initiateurs : Société Française de Médecine Générale (SFMG), Société française des sciences pharmaceutiques officinales (SFSPO), Open Rome, Opus Line.
    2. COVICLINIQUE (voir sur Coronaclic) dont l’objectif est de mesurer l’association entre la positivité du test PCR Cov-2 et des symptômes typiques et/ou atypiques chez des patients testés en ambulatoire et de mettre au point un score de prédiction clinique permettant d’aborder la probabilité d’être infecté par le virus et l’indication à être testé en laboratoire. Initiateurs : Maison de Santé Pluriprofessionnelle Mermoz, Lyon, Unité des internistes généralistes et pédiatres – Faculté de médecine de Genève – Université de Genève  

Freiner la progression de l’épidémie pour gagner du temps

Les professionnels de santé ont de toute évidence un rôle majeur à jouer dans la prévention et l’éducation sanitaire. Le discours officiel, pollué par des considérations qui ne sont pas les nôtres (gestion de pénurie, enjeux économiques ou politiques), a créé une immense confusion dans le public, ce que nous constatons tous les jours avec nos patients. Jonathan Favre et Michaël Rochoy ont lancé en mars, avec deux confrères, l’initiative remarquable stop-postillon. En complément et souvent en association avec leur projet, nous avons travaillé à des outils de communication grand public créés par et pour des professionnels de santé.

Après avoir publié un manifeste pour le port du masque généralisé, nous avons commencé à produire des documents sur les gestes barrières pour affichage en cabinet médical et support de consultation. Il sont à disposition sur stop postillons et ont été diffusé sur les réseaux sociaux et repris de ci de là. Je les utilise énormément en consultation et ils me sont très utiles pour aider mes patients à s’y retrouver notamment avec les deux documents Test.

Nous avons également réalisé une synthèse des recommandations d’hygiène pour le cabinet.

Sur le plan de la communication des actions en vue de freiner l’épidémie, plusieurs d’entre nous sont actifs sur les réseaux sociaux et notamment Twitter. Nous y relayons régulièrement les informations utiles et dénonçons les inepties gouvernementales qui aggravent en permanence la confusion et infantilisent la population. Notre approche est de parler d’adulte responsable à adulte responsable.

Limiter l’impact

Les objectifs ont été listés mais les travaux ont peu avancé.

  • Continuer la prise en charge des pathologies aiguës et chroniques en ciblant au mieux ce qui nécessite une consultation présentielle et ce qui peut être convenablement géré en télémédecine.
  • Pour ce qui concerne les patients chroniques, se placer dans une perspective de 3 à 6 mois : quels sont les examens qui peuvent raisonnablement être repoussés sur une durée de cet ordre ?
  • Effort particulier de repérage des patients à risque (souffrance psychologique, exposition à des violences intrafamiliales, fragilité socio-économique). Ce sujet va être traité en priorité
  • Recenser les ressources disponibles (associations de soutien, relais sociaux, etc.) et les tenir à disposition des patients.

Comme évoqué plus haut, le temps pendant lequel nous devrons cohabiter avec le Sars cov 2 va être long. Nous allons continuer à travailler sur le rôle des soignants de terrain et particulièrement des médecins généralistes. Toujours avec une vision pratique. Et de partager nos réflexions et résultats. Nous ne sommes pas là que pour faire du traçage (même si cela est indispensable).

Une page de référence des documents produits sera prochainement installée sur ce blog pour centraliser les documents produits utiles pour les soignants.

Ce groupe informel comprend à ce jour  Jean-baptiste BLANC, Jonathan FAVRE, StéphaneFRAIZE, Jean-Claude GRANGE, Elodie HENRANDEZ, Yvon LE FLOHIC, Julie LEGRAND, Michaël, ROCHOY, Béatrice ROLLAND-BROZZETTI, toutes et tous médecins généralistes. Chacun contribue en fonction de ses possibilités. Le groupe est ouvert à d’autres professionnels de santé.

 

Une réflexion au sujet de « Le Shadow DGS, c’est quoi ? »

  1. Bonsoir,

    je trouve la réflexion intéressante. Il est toujours bien de réfléchir. Je veux juste faire le ronchon. TOUT ce qui est nominatif est mal, TOUT ce qui permet de relier une personne à un enregistrement est mal.

    Que vous fassiez un fichier qui recense tout un tas de chose, ne me pose aucun soucis, mais PAS D’IDENTIFICATION possible. si cet intégrisme vous heurte, prenons le problème dans l’autre sens.

    Imaginons des patients qui créeraient un collectif pour aider les médecins à mieux prescrire et qui recenserait sur une application l’ensemble des prescriptions des médecins (nominativement) et les effets délétères qui sont apparus. Vous vous sentiriez comment d’être potentiellement inscrit nominativement dans une base de donnée pour suivre vos prescriptions foireuses ?
    Mais je vous rassure, VOUS ne seriez pas concerné puisque vous n’avez pas de prescription foireuse et même au cas ou, il y aurait un parcours pour faire supprimer un enregistrement vous concernant qui serait erroné. Cela vous rassurerait ?

    Enfin concernant l’épidémie. Existent ils des épidémie respiratoires qui font rage indéfiniment ? qui ne s’éteignent pas d’elle même, sans que l’on sache pourquoi ? Pour le dire autrement, est-ce que tout le monde ne se prend pas le chou et joue à se faire peur alors qu’elle va s’éteindre toute seule comme elle est venue et que le seul tord a été de choisir la détresse respiratoire comme début du protocole de soin ?

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