Le bon, la brute et le médecin

La sortie du dernier livre de Martin Winckler jette un pavé dans la mare : des médecins sont des brutes !

Des médecins s’offusquent.

Curieusement ce sont ceux qui, autant que j’en juge au travers de leurs interventions sur Twitter ou sur leurs blogs, sont plutôt des bons. Exaspérés que le bon écrivain leur fasse la morale. Faut dire que la couverture ne fait pas dans la dentelle : Les brutes en blanc. Pourquoi y a-t-il tant de médecins maltraitants ?

Difficile de ne pas se sentir visé.

La maltraitance médicale existe et elle peut être sérieuse. De nombreux témoignages le montrent. N’importe quel médecin a déjà entendu dans son cabinet des récits terrifiants de patients.tes en pleurs racontant comment, à la difficulté de leur condition, s’était ajoutée un certain niveau de maltraitance. Dans les situations de fragilité engendrées par la souffrance, il suffit de pas grand chose pour tout faire basculer. Une absence d’écoute, un mot de trop. De la véritable brute au “bon” médecin il n’y a parfois qu’un pas. Bon. On a pigé et pour ce qui me concerne pas besoin pour le moment d’un nième tweet ou bouquin.

La question que je me pose est principalement celle-ci : à qui cette croisade peut-elle être utile ?

Je passerai rapidement sur Martin Winckler lui même. Il ne cache pas son  goût de la provocation, il sait communiquer, son titre est percutant, il n’a pas peur des coups et il devrait cartonner. C’est déjà ça.

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Pour les patients qui ont ou ont eu des expériences douloureuses avec des médecins maltraitants ? Voir qu’ils ne sont pas seuls, qu’il ne sont pas coupables de ce qui leur est arrivé, etc. peut sans doute apporter certain réconfort. Ou accroître leur acrimonie ce qui ne serait pas très utile.

Pour les patients, très nombreux, confiants dans leur médecin de famille ? J’en doute et je doute qu’ils lisent le livre.

Pour les médecins visés ? Sûrement pas. Un médecin (ou n’importe qui d’ailleurs) réellement brutal n’a aucune chance de changer en lisant un livre et je pense aucune chance de lire un livre sur le sujet.

Pour les médecins attentifs au ressenti de leurs patients, à l’écoute ? Cela pourra peut-être leur apporter des éléments de réflexion, les aider à cheminer, mais liront-ils le livre. La brutalité de sa couverture risque de les en dissuader si j’en crois les réactions lues ce jour sur Twitter. Moi je n’en ai pas envie

Les étudiants en médecine ? Je pense qu’il est utile pour eux de lire un peu de Winckler. Pas besoin de tout lire, le message se répète. Mais Il est important de comprendre par quels mécanismes on peut être maltraitant parce que ce n’est pas toujours évident et qu’on peut maltraiter en toute mauvaise connaissance de cause.

Les gens qui se méfient des médecins ? Cela ne risque que de renforcer leur méfiance.

Ca ne laisse pas beaucoup de monde.

Et ça m’attriste parce que comme d’autre médecins j’ai beaucoup appris à lire Winckler. Mais désolé Martin, je n’en ai plus envie.

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7 réflexions au sujet de « Le bon, la brute et le médecin »

  1. Bonjour Jean Baptiste
    Ton billet souligne l’importance des mots, une importance que Martin Winckler ne peut ignorer. Sur le fond il y a beaucoup trop à dire pour le faire dans ce commentaire. Si le temps m’en laisse le loisir je terminerai mon billet sur le choix par le patient.
    Sur la forme, il est évident que le titre est provocateur. Je n’ai pas pour autant la même analyse que toi. Les convaincus d’une profession par essence paternaliste ne liront en effet pas le livre. Les opposants systématiques aux médecins pas plus. Certains médecins, déjà convaincus comme tu le soulignes le feront peut être mais cette lecture ne fera en effet pas évoluer leur posture. Par contre les médecins dévoués convaincus de faire au mieux du fait de leur bienveillance pourront peut être s’interroger. Certains liront peut être ce livre. De même des patients admiratifs de leurs soignants mais qui parfois les trouvent un peu envahissants liront peut être aussi ce livre. Or ce sont bien eux la cible, non pas ceux dont les convictions sont acquises, mais ceux qui pensent bien faire confondant bienveillance et empathie. Pour approfondir un peu d’autopromotion
    http://dr.niide.over-blog.com/2016/07/care-is-not-benevolence.html

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  2. Le but est juste de vendre du papier, de faire parler de soi. Il faut ainsi aller toujours plus loin, plus fort, plus haut.
    Pour être sur de ne pas être une brute, il suffit de ne pas exercer, pas compliqué.
    Où commence la maltraitance et la brutalité, je refuse de prescrire un diuretique à une patiente car elle n’en a pas objectivement besoin. J’explique pourquoi, je propose qu’elle voit dans les 48 h un collègue et je persiste a refuser de prescrire le diuretique. Elle part et va porter plainte contre moi au conseil de l’ordre pour maltraitance ? Je n’avais pas écouté sa plainte et j’avais été brutal. Ai je été maltraitant ?

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  3. Vous oubliez, il me semble les patients qui n’ont rien à reprocher à leur médecin, et qui s’interrogent sur les pratiques médicales ; les non-patients proches de patients et qui s’intéressent ; les curieux tout simplement. Savoir ne rend pas forcément méfiant, parfois cela renforce juste la connaissance, développe la prévention, rend plus fort. Et rien que pour cela, ceux qui permettent cet accès ne devraient pas être taxés d’inutilité.

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  4. Extrait de mon livre « Quand les thérapeutes dérapent » (http://www.retrouversonnord.be/quand_les_therapeutes_derapent.htm) :

    Médecine et prise en charge psychologique

    « Grâce à leurs connaissances de la nature humaine, les médecins d’autrefois pratiquaient une forme de psychothérapie et aidaient certainement les forces naturelles à réagir contre la maladie en inspirant confiance à leurs patients » (René Dubos, Mirage de la santé, Éd. Denoël, Paris, 1961, p. 118 – Ce célèbre microbiologiste a inventé le premier antibiotique et a notamment écrit des ouvrages en tant que critique de science).

    De (trop) rares médecins pratiquent encore ainsi et cette époque est révolue au moins pour deux raisons. D’une part, les formations scientifiques ne prédestinent pas à l’accompagnement psychologique et n’offrent pas nécessairement le gage que seront respectées dans les faits, entre autres, l’éthique et la déontologie spécifiques à l’accompagnement qui touche au psychologique.

    D’autre part, le traitement symptomatique des maux via l’exclusive pharmacopée a installé des conditions de consultation qui ne favorisent pas l’expression des ressentis, puisqu’au diagnostic de tel mal est attendue une médication type, mais pas le recours à l’effet bénéfique d’un entretien de nature psychothérapeutique (comme on le constatera plus bas dans le cas de la prescription de psychotropes.

    On a déjà abordé ce type d’incohérence au travers de la « double casquette thérapeutique » portée par les psychiatres comme par les autres médecins : les seules conditions matérielles de la consultation entraînent déjà des conséquences incompatibles avec un accompagnement de qualité.

    C’est ce que constatent la Fédération Suisse des Psychologues (FSP) et l’Association Suisse des Psychothérapeutes (ASP) : « Les médecins et le personnel auxiliaire n’ont pas de formation reconnue en psychothérapie […]. Un entretien avec un médecin ne constitue pas une psychothérapie qualifiée ».
    Une étude de Test-Achats le confirme :

    « Les médecins de famille ne disposent généralement pas du temps nécessaire pour ce type de consultation et n’ont pas la formation adéquate pour entamer un traitement psychothérapeutique. C’est pourquoi, face à des troubles sévères, les médecins devraient orienter leurs patients vers une aide spécialisée, ce qui ne s’est produit que dans 44 % des cas ».

    Sortir d’une telle ornière est toutefois accessible, comme le montre le Dr Adams Hunter (USA) : il s’est rendu célèbre notamment grâce à la haute qualité de sa relation d’aide, ce qui, faits avérés, a permis à ses patients d’avoir moins recours aux médicaments et d’accélérer leur guérison.

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  5. P.S. Réduire d’un an la formation c’est sans doute une bonne chose ; toutefois, i faut bien se rendre compte que les études de médecines sont trop théoriques et délaissent d’une manière inadmissible les aspecta humains et éthiques de la formation. Le comportement de trop de médecins laisse à désirer sur les plans éthiques, déontologiques et notamment dans la manière dont ils accompagnent les patients. Un des problèmes est la qualité d’écoute et notamment le fait que les consultations ne durent en moyenne que moins de 10 minutes ; selon des éludes, le patient qui énonce sa problématique au début de l’entretien est interrompu d’autorité par le médecin dans les quelques minutes qui suivent !

    Il faudrait plutôt adopter et de toute urgence ce qui a été décidé en Allemagne : des tests d’aptitude humaine pour savoir si le candidat médecin a les qualités de relation requises et en ‘absence, son écartement des études de médecine.

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